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Homélie

 

Ordination diaconale de Patrick Brison

 

Collégiale Saint-Vincent, à Soignies

 

11 octobre 2015

Jésus est en chemin vers Jérusalem lorsqu’un homme accourt vers lui et se prosterne, en disant : Bon maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle en héritage ? Que dois-je faire ? La vie éternelle en héritage. L’homme ne demande pas une guérison ou une purification, mais le chemin vers la vie éternelle. Requête d’un autre ordre que celles que Jésus reçoit d’habitude.

Jésus répond : Pourquoi dire que je suis bon ? Personne n’est bon sinon Dieu seul. C’est en allant vers Dieu seul que le bien sera trouvé. Jésus donne les commandements de la deuxième table, en ne suivant pas l’ordre habituel. En effet, Jésus termine par « honore ton père et ta mère ».

L’homme répond : tout cela, je l’ai observé depuis ma jeunesse. Jésus regarde l’homme et il l’aime. Et de lui dire : une seule chose te manque : va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres ; alors tu auras un trésor dans le ciel. Puis viens, suis-moi. Jésus propose le passage de la vie avec les parents jusqu’à une nouvelle étape qui est de le suivre, lui, après avoir tout donné aux pauvres. L’homme est invité à se déplacer de son monde paisible protégé par la richesse où, sans qu’on s’en aperçoive on aime d’un même amour les commandements de Dieu, les parents, les conditions d’une vie assurée.

Le but ultime demandé par Jésus est de le suivre, lui. Et, pour le suivre, l’homme doit tout donner aux pauvres ; il aura ainsi un trésor dans le ciel. La vie éternelle, dans le ciel, est un trésor différent des richesses de la terre. Mais il faut quitter les richesses de la terre pour le trouver.

L’homme ne pose pas ce geste. Nous apprenons qu’il a de grands biens, qu’il est très riche. Il ne parvient pas à quitter les richesses. L’homme part sombre et tout triste.

Jésus s’adresse alors à ses disciples. Il généralise le cas particulier de l’homme très riche et souligne la difficulté  pour tous ceux qui sont riches d’entrer dans le royaume de Dieu. Les disciples sont effrayés, comme ils l’étaient lors de la deuxième annonce de la passion. Jésus donne la difficulté en soi d’entrer dans le royaume de Dieu. Il prend l’image du chameau qui devrait passer par le trou d’une aiguille.

La conclusion qu’on pourrait tirer est de dire que personne ne peut être sauvé. Jésus confirme que c’est impossible aux hommes. Mais l’obstacle n’est pas infranchissable. Dieu peut rencontrer l’impossible des hommes. Jésus invite à s’en remettre à Dieu.

Pierre ne comprend pas. Il conteste l’impossibilité humaine relevée par Jésus puisque, eux les disciples, ont tout quitté et qu’ils ont suivi Jésus.

Jésus semble confirmer que le dépouillement total n’est pas sans compensation, à la fois dès maintenant et dans le siècle à venir. Jésus donne deux listes : les réalités abandonnées et les réalités qui sont reçues à leur place. Dans chaque liste, les membres de la famille sont entourés de biens matériels.

La compensation est au centuple ! Mais on ne reçoit pas une centaine de pères. Il n’y a qu’un seul Père, celui qui est aux cieux. Mais on reçoit des persécutions. Et la vie éternelle n’est pas le résultat d’un faire, mais un don de Dieu.

Quitter un environnement familial dans un environnement où on ne manque de rien pour tout donner aux pauvres et suivre Jésus, devenir son disciple. S’en remettre à Dieu pour entrer dans la vie éternelle, voilà l’enseignement de Jésus de ce dimanche.

Le livre de la Sagesse, qui éclaire la signification de l’Evangile, parle du discernement, l’esprit de la Sagesse. Le rédacteur prie, supplie et tout lui est donné, une richesse incalculable.


Cher Patrick,

Cela fait des années que l’appel du Seigneur retentit en ton cœur. Même s’il a été mis en veilleuse depuis l’enfance, cet appel a été répété et finalement accueilli. Depuis lors, tu t’épanouis réellement.

Engagé dans la direction des routes et bâtiments à la Région Wallonne, tu travailles en tant que citoyen au service de l’ensemble de la population de la Région. Tu fais l’expérience du service public, si nécessaire lorsqu’il s’agit d’exprimer la solidarité de tous pour le bien commun. Je salue au passage tes collègues de travail qui sont venus par amitié pour toi et par respect pour ton engagement.

Nous vivons, en effet, dans une société où, selon le droit, nous avons le service du bien commun exprimé, entre autres, dans tout ce qui dépend des pouvoirs publics ; nous avons des associations ; nous avons des services qui expriment la liberté d’enseignement, des soins de santé, etc. Tous sont au service de la population. Tous veillent à une bonne articulation en vue du bien commun.

Selon l’intuition des années 1960, les diacres permanents exercent leur ministère au service de la société, de la population tout entière, dans leur activité professionnelle. Avec le temps, l’âge des diacres, la pension et d’autres facteurs ont entraîné l’exercice du ministère diaconal dans des associations et des secteurs de la mission pastorale de l’Eglise. Il est bon que, de temps à autre, l’Evêque envoie un diacre en mission pour signifier sacramentellement la diaconie de l’Eglise au service de la population dans une activité professionnelle plénière.

Et c’est dans ce monde-là aussi qu’on rencontre les pauvres de la société. Et c’est dans ce monde-là aussi que nous avons à faire des choix pour suivre Jésus, les yeux fixés sur le trésor dans le ciel, la vie éternelle. Parfois, il arrive que nous nous demandions si c’est le bon chemin, si nous avons fait les bons choix. Souvenons-nous de la parole de Jésus : tout est possible à Dieu, même si nous avons l’impression que ce sera impossible pour nous.

Résidant à Soignies, tu es membre de la Confrérie de Saint-Vincent depuis 1991-1992. Tu y es secrétaire. Là aussi, dans une association qui manifeste la communion de tous ceux qui ont Vincent comme référence dans la vie chrétienne, un diacre signifie sacramentellement un aspect de l’unité du Corps du Christ, dont les disciples du Christ sanctifiés par l’Esprit Saint indiquent le terme du pèlerinage de l’Eglise dans les cieux.

Avec ton épouse, Christine, la réponse à l’appel à la sainteté fortifie la vie simple dans le mariage, sacrement de l’union du Christ avec l’Eglise.

Sur le faire-part, tu as repris la phrase de Marc : Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. Dans le service du diacre, il y a aussi le don de sa vie pour tous. Pour Jésus, le don de la vie dans sa Pâque entraîne toute l’humanité vers le Père. Puisses-tu, dans le don de ta vie, signifier que le Christ attire à lui tous les hommes.

Frères et sœurs,

Nous sommes heureux parce que Dieu appelle l’un de nous pour manifester sacramentellement la diaconie de l’Eglise pour tous les pauvres de ce temps. N’oublions pas les réfugiés qui frappent à notre porte. N’oublions pas les réfugiés qui sont restés au Moyen-Orient, aidés certes par des organisations internationales pour survivre, mais qui cherchent à discerner ce qui convient le mieux pour leurs enfants et leurs parents.

+ Guy Harpigny,

Evêque de Tournai