Message du 27 novembre 2019

 

 

 

A quelle date les chrétiens célèbrent-ils la Nativité du Seigneur, en Terre Sainte ?

Pour y voir clair, il suffit de se rendre à Bethléem, la ville de David, où Jésus est né de la Vierge Marie.

L'évangéliste Matthieu écrit : Jésus étant né à Bethléem de Judée, au temps du roi Hérode, voici que des mages venus d'Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son astre à l'Orient et nous sommes venus lui rendre hommage » (2,1-2).

L'évangéliste Luc écrit : Or, en ce temps-là, parut un édit de César Auguste pour faire recenser le monde entier. Ce premier recensement eut lieu à l'époque où Quirinius était gouverneur de Syrie. Tous allaient se faire recenser, chacun dans sa propre ville ; Joseph aussi monta de la ville de Nazareth en Galilée à la ville de David qui s'appelle Bethléem en Judée, parce qu'il était de la famille et de la descendance de David, pour se faire recenser avec Marie son épouse, qui était enceinte. Or, pendant qu'ils étaient là, le jour où elle devait accoucher arriva ; elle accoucha de son fils premier-né, l'emmaillota et le déposa dans une mangeoire, parce qu'il n'y avait pas de place pour eux dans la salle d'hôtes (2,1-7).

La Galilée, la Judée, la Syrie font partie de l'empire romain. Le calendrier compte les années depuis la fondation de Rome. Lorsque l'empereur Constantin Ier le Grand (306-337) autorise, par les Edits de Milan (313), les chrétiens à célébrer le culte de manière publique et que l'empereur Théodose Ier le Grand (379-395) fait du christianisme une sorte de religion d'Etat, en éliminant tous les autres cultes, le besoin de revoir le calendrier se fait sentir.

Le calendrier de l'empire romain compte les années à partir de la fondation de Rome (soit 753 avant Jésus-Christ) ou à partir du début du règne de l'empereur Dioclétien (284 après Jésus-Christ). Le concile de Nicée (325), première assemblée des évêques convoquée par l'empereur Constantin, donne la règle pour fixer la date annuelle de Pâques.

Vers 525, Denys le Petit, moine qui vit à Rome, est invité par le chancelier du pape Jean Ier (523-526) à élaborer une méthode mathématique pour calculer la date de Pâques selon la règle de Nicée. Pour dénombrer les années, Denys le Petit choisit de les compter à partir de l'Incarnation de Notre Seigneur Jésus-Christ, autrement dit dès sa conception, la fête de l'Annonciation.

En s'appuyant sur les évangiles de Matthieu et de Luc, sur les documents historiques dont il dispose et sur la Tradition de l'Eglise, Denys le Petit estime que Jésus est né le 25 décembre de l'an 753 depuis la fondation de Rome. L'Incarnation a donc lieu neuf mois avant le 25 décembre, le 25 mars de l'an 753. L'année 1 commence par conséquent la semaine suivant cette date, soit l'année 754 depuis la fondation de Rome.

Un petit problème : Hérode le Grand, qui règne au moment où Jésus vient au monde, est mort en 750 depuis la fondation de Rome, soit l'année 4 avant l'Incarnation. Mais alors, quand est né Jésus ? Peut-être trois années avant 750 depuis la fondation de Rome, soit l'an 7 avant l'Incarnation.

Certains historiens font un autre calcul. Il est possible qu'à la date supposée de la mort d'Hérode, celui-ci ne soit pas mort. En effet, il était d'usage qu'un roi associe ses enfants au trône avant de mourir. Si cela est vrai, Hérode aurait associé à son règne ses fils et successeurs Archélaos, Hérode Antipas et Philippe en l'an 750 depuis la fondation de Rome. Un calcul nouveau de la mort d'Hérode aboutirait à l'an 757 depuis la fondation de Rome, soit en l'an 4 après l'Incarnation.

Un calendrier liturgique trouvé à Qumran, qui expose les rotations sacerdotales, et un autre calendrier du Livre des Jubilés, également trouvé à Qumran, confirmeraient l'hypothèse que Jésus soit effectivement né dans la période du 25 décembre précédant l'an 1 de Denys le Petit.


En dehors du calcul de Denys le Petit (525), nous avons un premier document qui atteste la date traditionnelle du 25 décembre pour la naissance de Jésus. Ce document est daté avec certitude de 336 (après le concile de Nicée, 325). En 390, Jean Chrysostome (349-407), prêtre d'Antioche, devenu patriarche de Constantinople (capitale de l'empire romain d'Orient) en 398, écrit que c'est le pape Jules Ier (337-352) qui, vers le milieu du IVème siècle, officialise la date de Noël dans l'Eglise catholique.

Au XIIème siècle, un commentateur syriaque anonyme, qui étudie un texte de Denys Bar Salbibi, démontre qu'en fait la date du 25 décembre a été choisie pour christianiser la fête païenne du Sol invictus, le soleil invaincu, le huitième jour des calendes de janvier, soit le 25 décembre. Nous laissons aux chercheurs et historiens le soin de démontrer la véracité de ce commentaire.

Jules César (101 avant Jésus Christ – 44 avant Jésus Christ) fait établir « l'année » suivant un calendrier qui porte son nom (calendrier julien). L'année compte 365 ou 366 jours (année bissextile). Le pape Grégoire XIII (1572-1585) fait adapter le calendrier julien au « temps réel ». On avait, en effet, constaté que le calendrier julien était en décalage de 10 jours par rapport au temps réel. Pour « corriger » ce décalage, il fait supprimer dix jours du calendrier julien : du 4 octobre 1582 on passe au 15 octobre. Ce nouveau calendrier reçoit le nom de « grégorien ». Au XVIème siècle, l'Eglise latine est déjà bien distinguée des Eglises orientales. Celles-ci ne suivent pas le calendrier grégorien, d'où le décalage entre les calendriers « liturgiques » d'Orient et d'Occident.

Jusqu'à présent, nous avons consulté la tradition romaine, l'Eglise latine, pour fixer la fête de la Nativité du Seigneur.

Mais, à Bethléem, il n'y a pas que des latins pour célébrer la Nativité du Seigneur. Il y a les Eglises orientales, qui ont élaboré un tout autre calendrier. Je ne fais que les citer.

L'Eglise copte

En Egypte, le calendrier ne compte pas les années à partir de la fondation de Rome, mais à partir d'un ancien calendrier égyptien (de la période des dynasties des pharaons). Lorsque l'Egypte a de nombreuses communautés chrétiennes, la ville phare reste Alexandrie, fondée par Alexandre le Grand (356-323) en 332. On y élabore un calendrier copte (aigyptos, égyptien, devient copte en français). L'ère copte, appelée Ere des Martyrs, mais aussi Ere de l'empereur romain Dioclétien qui a lancé la plus sanglante des persécutions contre les chrétiens, fixe son début, le 1er thut, au 29 août 284 après l'Incarnation. Aujourd'hui, l'année commence le 11 septembre (le 12 quand il s'agit de l'année qui suit l'année bissextile). La Nativité de Jésus est célébrée le 29 du mois de khoiak (le 28 l'année qui suit une année bissextile), soit le 7 janvier, 9 mois et 5 jours après l'Annonciation (29 barmahat : 7 avril).

Les divers auteurs qui ont vécu en Egypte comme moines (il y avait des latins parmi eux) rapportent qu'en Egypte la célébration de la Nativité et celle de l'Epiphanie avaient lieu le même jour, le 6 janvier. Cependant, des documents fiables parlent de deux fêtes distinctes...

Clément d'Alexandrie (150-215) parle de la fête du baptême du Seigneur célébrée le 11 de tobe, soit le 19 janvier. Cette fête correspond aujourd'hui à la fête de l'Epiphanie chez les Coptes.

Noël est précédé d'une période de jeûne de 43 jours, qui commence le 25 novembre.

L'Eglise éthiopienne

Les Ethiopiens ont le même calendrier que les Coptes, en raison de la filiation de l'Eglise éthiopienne à l'Eglise d'Alexandrie. Le nom des mois change (question de langue). En revanche, on ne parle pas de l'Ere des Martyrs, mais de l'Ere de l'Incarnation, qui commence 5.500 ans après la création du monde. Le premier jour, le 1er maskaram, de l'an 1 de l'Ere de l'Incarnation, de l'année 5.501 de la création, correspond au 29 août de l'an 8 après Jésus Christ. Le calendrier éthiopien est très développé (nombre de fêtes, nombre de mois). Aujourd'hui, étant donné la distribution des années, des mois et des fêtes, le calendrier éthiopien fait commencer l'année le 11 septembre (le 12 si l'année précédente est bissextile). L'année est en retard de 7 ans (du 11 septembre au 31 décembre) par rapport à nous, et de 8 ans (du 1er janvier au 10 septembre) pour le reste.

Dans le calendrier éthiopien, Noël est une fête fixe célébrée le 29 tahsas (4ème mois du calendrier), soit le 25 décembre selon le calendrier julien, qui correspond actuellement au 7 janvier du calendrier grégorien.

L'Eglise syriaque ou syrienne

L'Eglise syriaque est issue de l'Eglise d'Antioche, fondée par les apôtres Pierre et Paul dès le Ier siècle.

Les Syriaques célèbrent la liturgie de Noël en araméen, la langue de Jésus, le 6 ou le 7 janvier.

L'Eglise grecque orthodoxe

Si à Athènes, on célèbre Noël le 25 décembre (calendrier grégorien), à Jérusalem, le patriarcat grec-orthodoxe hellène suit le calendrier julien, soit le 7 janvier.

Jusqu'à présent, nous avons ainsi 3 Noëls en Terre Sainte : le 25 décembre, le 7 janvier, le 19 janvier.

L'Eglise arménienne

L'Eglise apostolique arménienne de Jérusalem a été fondée en Arménie en 301.

L'Eglise arménienne célèbre Noël le 18 janvier et célèbre, le même jour, la naissance du Christ, l'Epiphanie et le Baptême du Seigneur. Dans le calendrier julien, il s'agit des 5 et 6 janvier ; dans le calendrier grégorien des 18 et 19 janvier.

En résumé, si nous voulons avoir beaucoup de fêtes de la Nativité, faisons un pèlerinage en Terre Sainte. Du 25 décembre au 19 janvier, nous allons de fête en fête pour accueillir le Sauveur, l'adorer à l'Epiphanie et entendre la voix du Père au moment de son baptême par Jean.

Le dossier le plus récent sur les fêtes de la Nativité en Terre Sainte est :

Terre Sainte, novembre-décembre 2019 (revue de la Custodie de Terre Sainte), p. 30 à 47, par Alberto ELLI, Claire RIOBE.

+ Guy Harpigny,
Evêque de Tournai

 

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