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Te Deum - Fête du Roi - 15 novembre 2019

La Fête du Roi nous invite à prendre conscience de notre appartenance à un Etat de droit. Nous ne sommes pas seulement des citoyens dont la dignité est reconnue de manière officielle, dès notre venue au monde. A partir d’un certain moment, nous découvrons que nous sommes engagés, comme citoyens, dans la recherche du bien commun ; nous sommes engagés personnellement ; nous sommes engagés avec d’autres êtres humains qui vivent dans cet Etat de droit ; et, selon notre itinéraire personnel ou comme membre d’une ou de plusieurs associations, notre engagement s’élargit au plan de l’espace et, aussi, dans ce que la philosophie appelle le temps, la durée, la participation à l’humanité qui existe depuis des millénaires.

Nous avons la chance de vivre ces diverses formes de l’expérience humaine dans un climat de liberté, de respect de notre dignité, de confiance que les autres êtres humains manifestent à notre égard. Nous avons la chance d’être accompagnés par beaucoup pour suivre notre destinée, d’envisager l’avenir avec confiance. Forts de cette conviction, nous n’avons pas peur de prendre nos responsabilités lorsque notre jugement personnel ou notre fraternité avec telle ou telle association nous montre le bien-fondé de telle prise de parole, de tel acte public, de telle interpellation à l’ensemble de nos concitoyens.

Comme tout groupe humain, la société dans laquelle nous vivons connaît des évolutions qui ne sont pas toujours le résultat de décisions ou de lois. Ce sont les historiens qui, des années plus tard, nous disent ce qui s’est passé, à quels changements nous avons assisté ou participé.

En même temps, il y a des moments où, tous ensemble, nous discernons que quelque chose est en train de se produire et que nous ne pouvons pas rester là, à ne rien dire, à ne rien faire. Il peut s’agir de moments graves de menaces de la liberté d’un Etat souverain, comme en temps de guerre. Il peut s’agir aussi de moments où des groupes de personnes tout à fait raisonnables montrent du doigt des réalités qui risquent de détruire la vie harmonieuse dans une société qui veille à ce que chacun y trouve sa place : je pense par exemple à tout ce qui casse la solidarité avec les plus faibles.

Chaque fois qu’il y a des élections, nous sommes invités à regarder en quoi pourrait consister le bien commun, le bien de tous, le bien pour tous. Nous pouvons remercier les élus qui proposent un projet de société. La procédure pour réaliser ce projet est parfois longue. Avant de critiquer qui que ce soit, il me semble que notre devoir est d’encourager ceux qui sont chargés de réaliser ce projet. Nous le savons bien. L’opinion publique, basée sur la liberté d’expression, a une force intrinsèque, dont les élus tiennent compte.

Et c’est ici, je pense, que nous sommes invités à exercer nos responsabilités de citoyens. Quantité de questions se posent aujourd’hui au niveau de la paix dans le monde. Les attentats des terroristes formatés par l’idéologie de l’Etat islamique ou par d’autres instances en dehors d’un Etat de droit nous posent question. Comment se fait-il que des jeunes, éduqués dans l’univers occidental, en arrivent à ces aberrations ? Quantité de questions se posent au plan européen. Comment se fait-il qu’une entreprise de cette envergure comme l’Union européenne en arrive à être interprétée comme une société qui nous empêche d’avoir notre mot à dire dans notre propre pays ? Quantité de questions se posent au plan de notre identité, de notre tradition culturelle, de nos traditions convictionnelles. Comment se fait-il que notre première réaction soit maintenant la peur de l’autre qui n’est pas comme nous, alors que nos traditions nous poussaient autrefois à accueillir l’autre avec bienveillance ?

La Fête du Roi ne pourrait-elle pas être pour nous une sorte d’étape dans notre recherche du bien de tous, du bien pour tous ? Tous, ici, nous sommes de bonne volonté. Tous, nous partageons l’art du compromis afin de résoudre pacifiquement des questions difficiles. Nous ne sommes pas maîtres de tout dans la vie, dans la vie personnelle comme dans la vie en société. Beaucoup de choses nous échappent. Peut-être qu’en faisant confiance les uns envers les autres, nous pourrions au moins nous rendre compte que, tous, nous sommes à la recherche du bonheur, pour nos proches et pour nous-mêmes.

Osons faire confiance. N’ayons pas peur les uns des autres. N’ayons pas peur de l’avenir. Il y a en tout être humain des ressources que nous ne soupçonnons pas. Il y a en chacun de nous suffisamment de bonté, de recherche de justice, pour nous engager avec le plus grand nombre sur un chemin d’humanité qui puisse nous rendre fiers d’appartenir à cette humanité, dans un Etat de droit.

+ Guy Harpigny,
Evêque de Tournai

 

  • Créé par
    Diocèse de Tournai