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Homélie de l'Ordination diaconale de Fernand Detry, en la Collégiale Saint-Vincent de Soignies, 16 octobre 2016

Cher Fernand,

Tu es né à Balen-sur-Vesdre, non loin d'Eupen, en 1952. Tu as vécu ton enfance et ton adolescence à Thimister, dans le Pays de Herve. Tu as été dirigeant de Patro et tu es devenu ingénieur civil électro-mécanicien à l'Université de Liège.

Tu te maries avec Colette, une Liégeoise. Durant le service militaire à Liège, tu participes à l'eucharistie dominicale dans une petite salle. Tu trouves du travail à Soignies, où tu résides en semaine chez des amis.

Finalement ton épouse et toi-même, vous décidez de venir habiter à Naast. Vous avez deux enfants et cinq petits-enfants.

Vous avez été invités à rejoindre le Centre de Préparation au Mariage. En même temps, vous vous éloignez de la vie ecclésiale de Naast. Vous n'y trouvez pas la nourriture spirituelle solide que vous attendez. Finalement, vous retournez à l'église, mais vous vous êtes demandé si vous aviez toujours la foi. Au fond de vous-mêmes, vous étiez en recherche.

En vue d'un week-end de mariage-rencontre, vous êtes amenés à préparer le thème : Qu'il est bon de partager ses sentiments. Avec un autre couple, vous passez dix soirées à la préparation. Vous rencontrez dans ce couple des personnes qui partagent leur foi, une foi vivante.

Vous participez à une session du Renouveau à Beauraing. Vous vous souvenez de l'après-concile, avec les messes de jeunes. Progressivement, votre foi se reconstruit. Un souvenir remonte à la conscience de Fernand : interne dans une école secondaire de Visé, Fernand, tu avais fait un soir une expérience spirituelle dans la chapelle.

Tu as demandé au Seigneur de se manifester à toi, lors d'une prière dans la Collégiale de Soignies : Seigneur, si tu existes, fais-moi signe. Grâce au groupe de prière à Braine-le-Comte, grâce à la participation à l'équipe diocésaine des groupes de prière, l'expérience religieuse s'est approfondie et tu es entré dans des groupes davantage axés sur la mission pastorale de l'Eglise. Colette et toi-même, vous avez reçu une formation à l'écoute prière. Vous participez à des groupes Alpha.

Lorsque tu as eu 57-58 ans la question de l'âge de la pension s'est posée. Finalement, tu as décidé de demander la pension à 60 ans, afin d'avoir du temps pour la famille et pour le Seigneur.

Nous le voyons, tu as suivi un parcours de guérison intérieure. Durant ce parcours, tu as rencontré des abusés de toutes sortes.

C'est à Liège qu'une dame a dit un jour : J'aurais bien vu Fernand comme diacre. L'abbé Pierre Tshibangu t'a parlé du diaconat. Tu as prié, tu as réfléchi. En septembre 2012, tu m'écris pour dire que tu demandes à devenir diacre. Tu as fait mémoire de deux événements. Le premier se situe à l'adolescence, période durant laquelle tu avais songé à devenir prêtre. C'est tombé à l'eau. Le second a lieu le 7 septembre 2003 lorsque j'ai lancé un appel à devenir diacre. Ce n'était pas possible pour toi de répondre à ce moment-là.

Depuis 2012, la formation pour devenir diacre t'a beaucoup enrichi, et tu t'es formé également pour la conduite des funérailles en l'absence de prêtre ou de diacre.

Frères et Sœurs,

L'itinéraire spirituel est une expérience unique, spécifique qu'il est difficile d'exprimer. Quand on en fait la relecture dans la foi, on se rend compte que le Seigneur n'a jamais été absent. Au contraire, le Seigneur a accompagné tout au long du chemin, même aux moments où nous ne sentions pas sa présence.

Fernand est ordonné diacre le jour où le Pape François canonise plusieurs personnes, dont Elisabeth de la Trinité. Née en 1880 près de Bourges, en France, Elisabeth Catez est baptisée comme la plupart des enfants à l'époque. Ses parents déménagent en 1881 à Auxonne, puis à Dijon en 1882. Une deuxième fille, Marguerite, vient au monde en 1883. A l'âge de 7 ans, Elisabeth se confie à un religieux et lui dit qu'elle veut devenir religieuse. Le père d'Elisabeth meurt subitement quelques mois plus tard. La première confession d'Elisabeth détermine en elle un éveil aux choses divines. L'année d'après, elle parle de sa vocation au chanoine Angles.

Elisabeth fait sa première communion en 1891, à l'âge de 11 ans. Le soir même de sa première communion, elle reçoit de la supérieure du Carmel, Mère Marie de Jésus, une image avec l'explication de son nom : Maison de Dieu. A l'âge de 14 ans, elle fait le vœu de chasteté. Très régulièrement, elle regarde, depuis le balcon de sa chambre, le Carmel qui est en face de sa maison. Brillante en musique, elle entre par ce biais dans la vie mondaine des familles aisées, tout en participant aux activités de la paroisse : catéchisme pour les enfants, chorale, prière avec les jeunes durant le mois de Marie, le mois de mai. Durant les vacances, elle visite sa famille, ses amis, dans les montagnes de France et de Suisse.

Toujours persuadée qu'elle est appelée à entrer au Carmel, Elisabeth essuie régulièrement le refus de sa mère. Finalement, en 1899, sa mère accepte qu'elle envisage le Carmel tout en mettant une limite d'âge. Elisabeth entrera au Carmel à sa majorité, c'est-à-dire à 21 ans. En janvier 1899, Elisabeth lit Chemins de perfection de Thérèse d'Avila et y découvre la phrase : Il faut me chercher en toi. C'est une nouvelle manière de prier, de faire oraison. Elisabeth entre progressivement dans la foi en l'habitation de la Trinité dans le cœur de l'être humain.

Entrée au Carmel de Dijon en 1901, elle est admise à la profession temporaire en décembre de la même année. Elle reçoit le nom de religieuse : Elisabeth de la Trinité. Elle lit les grands auteurs de l'Ordre des Carmes, dont saint Jean de la Croix, et d'autres auteurs comme Catherine de Sienne. Elle découvre les écrits de Thérèse de Lisieux, morte en 1897, quatre ans plus tôt. Le 21 janvier 1903, Elisabeth prend le voile. Elle écrit : La vie d'une Carmélite, c'est une communion à Dieu du matin au soir et du soir au matin. S'Il ne remplissait pas nos cellules et nos cloîtres, comme ce serait vide ! Mais à travers tout nous Le voyons, car nous Le portons en nous et notre vie est un ciel anticipé. C'est le 21 novembre 1904 qu'elle écrit d'une seule traite une prière qui deviendra le symbole de sa vie intérieure : Ô mon Dieu, Trinité que j'adore.

En 1905, elle est frappée par un passage de l'apôtre Paul aux Ephésiens : En (Christ), nous sommes devenus le domaine particulier de Dieu, nous y avons été prédestinés selon le projet de celui qui réalise tout ce qu'il a décidé : il a voulu que nous vivions à la louange de sa gloire, nous qui avons d'avance espéré dans le Christ (Ephésiens 1, 11).

En 1906, elle écrit : C'est dans saint Paul que j'ai lu cela et mon Epoux m'a fait entendre que c'était là ma vocation dès l'exil. Pendant le Carême 1906, elle a les premiers symptômes de la maladie d'Addison, une insuffisance surrénalienne. En mars, elle entre à l'infirmerie. Le dimanche des Rameaux, elle reçoit l'onction des malades. L'état de santé s'améliore le samedi-saint. Elisabeth comprend qu'elle est appelée à s'identifier au Christ crucifié : Je m'affaiblis de jour en jour et je sens que le Maître ne tardera plus beaucoup à venir me chercher. Je goûte, j'expérimente des joies inconnues : les joies de la douleur ... Avant de mourir je rêve d'être transformée en Jésus crucifié.

La supérieure du Carmel demande à Elisabeth d'écrire une retraite sur le thème de la Louange de Gloire, trouvée dans saint Paul. Ce qui est fait pour la fin du mois d'août 1906. Elisabeth meurt le 9 novembre 1906.

En relisant l'itinéraire spirituel d'une femme morte à 26 ans, nous discernons des étapes : le prénom : Maison de Dieu ; la découverte de l'inhabitation de la Trinité dans le cœur de l'être humain ; la vie à la louange de la gloire de Dieu, c'est-à-dire sortir de soi, se perdre de vue, se quitter pour entrer plus profondément en Dieu à chaque minute qui passe. En d'autres termes, c'est être transformé de clarté en clarté, par la puissance de l'Esprit de Dieu, en la propre image de Dieu.

En demandant à devenir diacre, Fernand a relu son itinéraire spirituel. Heureux sommes-nous de nous mettre face au Seigneur en cherchant dans notre vie les étapes qui nous ont permis de croire en lui, de le voir à l'œuvre en ce monde, dans la société, dans le cœur des hommes. Heureux sommes-nous de percevoir ce que le Seigneur nous propose comme prochaine étape à franchir pour participer à sa mission. De même que le Père m'a envoyé, moi aussi, je vous envoie (Jean 20, 21).

La liturgie de la Parole de ce jour souligne l'efficacité de la prière. Grâce à la prière de Moïse, Josué triomphe de ceux qui veulent détruire le peuple de Dieu. Jésus raconte une parabole sur la nécessité pour les disciples de toujours prier sans se décourager. Au terme de la parabole, Jésus dit : Ecoutez bien ce que dit ce juge dépourvu de justice ! Et Dieu ne ferait pas justice à ses élus, qui crient vers lui jour et nuit ? Les fait-il attendre ? Je vous le déclare : bien vite, il leur fera justice. Et Jésus ajoute : Cependant, le Fils de l'homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ?

Celui que ne prie pas peut perdre confiance en Dieu, car il ne se doute même pas que Dieu vient en lui, que Dieu manifeste qui il est en ce monde. Comme nous l'avons déjà expérimenté : dès qu'on ne croit plus, non seulement on ne participe plus à la vie ecclésiale, mais on perd progressivement des aspects fondamentaux de l'Evangile comme le respect de la dignité humaine, le service des pauvres, l'accueil des étrangers, des orphelins, réalités que la Parole de Dieu n'arrête pas de nous rappeler tant dans l'Ancien que dans le Nouveau Testament.

Merci à tous les priants du diocèse de Tournai qui veillent dans l'attente de la venue du Fils de l'homme à la fin des temps. Merci à tous les membres du peuple de Dieu dans la province de Hainaut qui accompagnent les chercheurs de Dieu dans la prière, l'oraison. Merci à tous les chrétiens qui écoutent les blessés de la vie, ceux et celles qui sont victimes d'abus de toutes sortes.

Merci, enfin, aux chrétiens qui, comme Timothée, annoncent la Parole de Dieu dans le souci d'instruire. Comme l'écrit l'apôtre Paul, laissons-nous renouveler dans notre témoignage de la foi : Devant Dieu, et devant le Christ Jésus qui va juger les vivants et les morts, je t'en conjure, au nom de la Manifestation et de son Règne : proclame la Parole, interviens à temps et à contretemps, dénonce le mal, fais des reproches, encourage, toujours avec patience et souci d'instruire (2 Timothée 4, 1-2). Ces paroles de Paul sont gravées sur la cheminée de l'évêque à l'évêché. Elles m'ont déjà beaucoup fortifié dans les moments difficiles de l'exercice du ministère d'évêque. Je suis certain qu'elles fortifieront également le ministère de diacre de Fernand.

L'apôtre Pierre écrit : Ce que chacun de vous a reçu comme don de la grâce, mettez-le au service des autres, en bons gérants de la grâce de Dieu (1 Pierre 4, 10). Chacun de nous reçoit un ou plusieurs dons. Mettons-nous au service les uns envers les autres.

+ Guy Harpigny,
Evêque de Tournai

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    Diocèse de Tournai