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Homélie de la clôture du Synode des Jeunes

La jeunesse parle, l’Eglise bouge

Homélie de la clôture du Synode des Jeunes
église Sainte-Elisabeth à Mons
19 mars 2016

Nous vivons dans une société que certains aiment fragmenter. Ce qui est mis en avant n’est pas ce qui fonde notre humanité, le fait d’être humain, mais l’âge, la fonction, la profession ou l’absence de profession ; la religion ou l’absence de religion ; le fait d’être un citoyen de la nation ou un étranger, un immigré, un réfugié ; le fait d’avoir ou non un casier judiciaire ; le fait d’être malade, handicapé ou en bonne santé ; le fait d’être connu par les médias ou inconnu ; le fait d’être francophone, néerlandophone, germanophone, arabophone, turcophone, de langue hébraïque ou autre. On pourrait continuer, longtemps encore, la liste qui fragmente la société dans laquelle nous vivons.

La première chose que je voudrais dire, c’est que les jeunes ne sont pas des humains à part dans une société. Ils en font partie dès la naissance. Evidemment, dans une société où la plupart des humains sont âgés, le risque est grand de séparer les jeunes. En fait, les jeunes font partie de la société comme des membres à part entière. La société n’a pas à leur permettre d’y entrer ; ils en sont membres.

Certes, les jeunes n’ont pas les mêmes responsabilités que ceux qui ont suivi un cycle complet d’initiation à la vie humaine, d’éducation qui déploie toutes les potentialités d’un être humain, de formation qui ouvre, pour un temps bref ou pour la vie, une activité professionnelle, politique, culturelle, sociale au service de la société.

Mais, en même temps, il est faux de dire que les jeunes doivent se taire, vivre entre eux, tant qu’ils n’ont pas achevé le cycle complet de l’initiation, de l’éducation, de la formation.

Depuis des décennies, ceux qui suivent bien l’évolution des mentalités ont pris des décisions pour accompagner l’initiation, l’éducation et la formation. Il suffit de voir ce que sont devenus les centres d’enseignement scolaire, les centres sportifs, les centres culturels, les centres de loisirs, les mouvements de jeunes, les partis politiques et bien d’autres institutions. Et, dans cette évolution, nous ne pouvons que nous réjouir des avancées énormes, bien que non encore suffisantes, en matière d’égalité entre l’homme et la femme, en matière de non-discrimination dans le respect des droits humains, dont celui de la liberté de conscience, celui de la liberté religieuse, celui d’exprimer ses convictions dans l’espace public.

C’est dans ce cadre précis que le synode diocésain de 2011-2013 a discerné ce que l’Eglise catholique en Hainaut avait à franchir comme étape pour devenir sacrement, signe et moyen, de l’union intime avec Dieu et de l’unité du genre humain. J’avais, en effet, demandé que nous menions une réflexion de fond sur quelques aspects de la mission de l’Eglise, de l’être- même des disciples du Christ, afin de témoigner, dans la joie, de l’Evangile pour les humains de la Province de Hainaut.

Parmi les décisions du synode diocésain, la proposition d’un synode des jeunes a été entendue et réalisée (Décrets 26 et 27). Cette proposition s’inscrit dans une écoute réelle et bienveillante des jeunes.

Souvenons-nous de l’assemblée diocésaine du 6 juin 2009 sur l’Ecoute comme démarche pastorale. Des membres du service pastoral des jeunes et des membres de l’équipe diocésaine de la pastorale scolaire du secondaire, en synergie avec l’équipe des Services diocésains de l’enseignement secondaire et supérieur du Hainaut, ont conçu un projet commun. En cinq ans, plusieurs centaines de jeunes ont pu s’exprimer, être écoutés, se rencontrer. Des dizaines d’écoles secondaires du Hainaut ont pu prendre part à ce projet. De nombreux enseignants ont accepté d’inclure à leur programme cette dimension de l’écoute en organisant des échanges et des temps d’écriture. Des équipes de direction ont collaboré à l’initiative en l’incluant dans leur projet pédagogique et pastoral. Le résultat écrit de ce processus est devenu Paroles de jeunes, Paroles de sens présenté en mai 2015. Merci à tous ceux qui ont participé à ce processus ; un merci tout particulier au vicaire général Olivier Fröhlich, au vicaire épiscopal pour l’enseignement Jacques Piton.

Durant la même période, les services diocésains de la catéchèse, de l’initiation chrétienne et du catéchuménat ont, avec quantité de responsables pastoraux, pensé et réalisé un nouveau processus de l’initiation chrétienne sacramentelle des enfants et des jeunes. Ce processus est entré en vigueur le 1er septembre 2015. Nous avons, enfin, une initiation qui respecte l’ordre traditionnel des sacrements de l’initiation (baptême-confirmation-eucharistie). Tous sont accueillis, quel que soit leur âge. Nous avons une articulation infiniment mieux présentée entre l’assemblée dominicale et l’initiation chrétienne. Une impulsion vigoureuse est imprimée pour que les assemblées intergénérationnelles reprennent sens. Les enfants ne sont plus séparés des adultes lors des célébrations eucharistiques. Certes, trop peu d’acteurs pastoraux font confiance à l’articulation entre l’assemblée du dimanche et l’initiation chrétienne, mais je ne désespère pas de l’évolution des mentalités. Jusqu’à présent, peu d’acteurs pastoraux ont saisi qu’il y avait beaucoup trop d’assemblées dominicales dans le diocèse. Certaines d’entre elles comptent à peine dix participants. Merci au vicaires épiscopaux Michel Vinckier, Philippe Vermeersch et Daniel Procureur, à Patrick Willocq, Patrick Mory, Christine Merckaert, André Parent, Sabine Duquesne, Michèle Galland, Anne Tilmanne, Sœur Sigrun Gross et tant d’autres qui mettent en œuvre cette nouvelle étape dans l’annonce du Christ.

Pour le Synode des Jeunes, demandé par le Synode diocésain, il ne s’agissait pas d’abord d’écouter, d’interroger et de partager avec les jeunes du monde de l’enseignement, mais de vivre une expérience avec les jeunes qui ont un avis à donner sur la vie chrétienne, l’Evangile, la vie ecclésiale, le témoignage des chrétiens dans la société, la solidarité avec les plus pauvres, la prière et la célébration. Le Service pastoral des Jeunes a procédé à une consultation, a dégagé dix figures-type, dix portraits de jeunes. Il a, ensuite, tenu quatre assemblées et donné des pistes pour que l’Evêque promulgue des décrets.

Je voudrais dire une fois de plus que ce travail de discernement n’est pas un état de la question sur les jeunes qui demandent d’avoir une place dans l’Eglise. Il s’agit d’interpeller l’Eglise de la part de membres qui en font partie. Inutile d’imaginer un groupe extérieur à l’Eglise qui aimerait prendre la place qui lui revient. Les jeunes sont des membres de l’Eglise, personnellement et comme groupe à part entière. Qu’on ne dise pas : on ne les voit pas à la messe du dimanche, donc ils n’ont rien à dire ! Qu’on ne dise pas : ils sont trop jeunes pour participer à l’élaboration de projets pastoraux, pour penser et mettre en œuvre le témoignage de l’Evangile dans la société, donc qu’ils attendent pour faire partie du conseil pastoral, de l’équipe liturgique, de l’équipe de l’initiation chrétienne, de la chorale de la liturgie du dimanche, de l’équipe de la diaconie ! Qu’on ne dise pas : ils ne connaissent rien à l’animation d’une assemblée de prière, donc qu’ils réservent leur énergie pour les jeunes, que ce soit au camp ou dans des clubs de gens de leur âge ! Non, il est temps que, tous, nous soyons heureux de participer ensemble à la mission de l’Eglise, au témoignage de l’Evangile dans la société de maintenant.

Les décrets du Synode des Jeunes sont promulgués par l’Evêque. Il ne s’agit pas de vœux pieux, d’orientations facultatives, de suggestions à évaluer. Ce sont des décrets à mettre en œuvre, à appliquer. Qu’on ne vienne pas dire : les jeunes pourront animer une assemblée intergénérationnelle une fois tous les deux ans ! Qu’on ne vienne pas dire : l’Evêque ne connaît rien à la pastorale ordinaire ! C’est déjà bien assez compliqué comme cela. Mettre les jeunes dans le coup, on n’a pas le temps de les inviter, de les accompagner et de suivre leurs desiderata ! Avons-nous peur des jeunes ? Faisons-nous confiance aux jeunes ? Sommes-nous envoyés par le Christ à tous, y compris aux jeunes ? Ou sommes-nous devenus les aumôniers des personnes âgées en laissant la pastorale des jeunes à d’autres que nous ?

Au terme du Synode des Jeunes, je suis heureux de voir, avec vous, l’action de l’Esprit Saint dans le cœur de tous ceux qui ont travaillé à mettre ce Synode en route, à l’accompagner jusqu’à son terme, dans une ambiance joyeuse et exaltante.

Nous vivons tous dans une société multiculturelle, multiconvictionnelle. Arrêtons de comparer notre vivre-ensemble avec la société dans laquelle, il y a cinquante ans, l’Eglise catholique était la conviction majoritaire. Sans devenir des nostalgiques ou des prosélytes, mettons-nous en face du Christ qui nous demande de faire de toutes les nations des disciples. Comme jeunes, nous avons envie de partager notre foi, nos convictions, parce que Jésus nous y invite. De plus, vivre comme disciples du Christ, cela nous fait du bien, cela procure de la joie, cela nous aide à prendre nos responsabilités vis-à-vis des pauvres, des fragilisés. Nous sommes peut-être des pauvres aux yeux de la société ? Raison de plus pour rendre grâce au Seigneur qui est la lumière de nos pas et qui nous nous dit que nous sommes aimés par lui.

Ecouter le Christ nous dire aujourd’hui qu’il est pour tous la porte, le bon pasteur, le vrai berger qui donne sa vie pour ses brebis. Découvrir dans la foi que le Christ est venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance. Se sentir aimé par le Christ qui donne sa vie pour ses brebis. Croire que la connaissance entre Dieu, le Père, et le Christ, est du même type que la connaissance entre le Christ et chacun de nous. Ces quelques aspects de l’évangile qui vient d’être proclamé ne sont-ils pas pour nous sources de joie et une invitation à suivre le Christ qui va à la rencontre d’autres brebis qui ne sont pas de cet enclos. Quel que soit le contenu de son enseignement destiné à ses disciples, Jésus voit tous ceux qui ne sont pas présents, mais qui attendent le salut, la vie, la délivrance du mal, le don de la joie, de la vie éternelle.

A la veille de la Journée mondiale de la Jeunesse, à l’ouverture de la semaine sainte, nous avons les yeux fixés sur Jésus qui est à l’origine et au terme de la foi. Suivons-le dans son passage de la mort à la vie vers le Père. A la suite du Christ, faisons de notre vie une offrande sanctifiée par l’Esprit Saint.

Je ne remercierai jamais assez le vicaire général Olivier Fröhlich, responsable ultime de la pastorale des jeunes, Christophe Cossement, responsable du Service pastoral des jeunes, Céline Baumet, Olivier Caignet, Sœur Françoise Coppieters, Rébéka Mutombo, Philippe Pardonce, Annonciata Uwamahoro, Ferdinand Mushagalusa, Kristina Koethe et Stéphan Michiels, ainsi que les autres membres du conseil épiscopal et Sylvie Paesmans pour leur investissement à tout point de vue dans le Synode des Jeunes. Merci à Dominique et Guy qui, à chaque assemblée synodale à Bonne-Espérance, ont préparé le repas de midi.

Je remercie André Minet ainsi que toutes les équipes qui nous accueillent en l’église Sainte-Elisabeth à Mons.

Merci à tous les services de l’évêché et à quantité d’autres services qui ont collaboré à la réalisation de cette journée.

Et, enfin, merci pour la prière de tous ceux qui porteront la mise en œuvre des décrets du Synode des Jeunes, la prière de tous, y compris des religieuses de plus de quatre-vingts ans. Même quand on pense qu’on ne peut plus rien faire pour les jeunes, avec les jeunes, il faut toujours continuer à prier. Jésus priait beaucoup, même la nuit. Qu’attendons-nous pour prier avec lui ?