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Ath: Un imposant et éclatant triptyque

Le patrimoine athois recèle des trésors aussi beaux qu’inattendus. Parmi ceux-ci, un imposant triptyque, évoquant la transfiguration du Christ.

Ath Typtique de la transfiguration du ChristCette œuvre splendide est composée d’un panneau central et de deux volets latéraux qui peuvent se refermer et masquer la scène principale. Cette dernière évoque la transfiguration du Christ.

Ce tableau était conservé à l’hôpital de la Madeleine, comme l’attestent les inventaires anciens. Il a vraisemblablement été offert par un couple dont les deux saints patrons sont représentés sur les volets latéraux. À gauche, saint Jean-Baptiste porte un vêtement en peau de bête et un agneau l’accompagne. À droite, sainte Barbe se tient au pied de la tour évoquée dans sa légende. Les deux donateurs, dont les monogrammes figurent au revers, n’ont à ce jour pas été identifiés.

La transfiguration du Christ

Natasja Peeters, conservatrice au Musée de l’armée et d’histoire militaire (Bruxelles) apporte des détails quant à cette œuvre.

«Le thème de la transfiguration du Christ a été décrit dans les évangiles de Mathieu, Marc et Luc. La scène se déroule sur une montagne que le Christ a gravie avec les apôtres Jean (à gauche, vêtu de rouge), Pierre et Jacques. Jésus dialogue avec Moïse (avec les tables de la Loi) et Elie, deux prophètes de l’Ancien Testament. La divinité du Christ apparaît soudainement sous la forme d’une lumière rayonnante. Les apôtres s’écroulent, à moitié aveuglés. Les panneaux latéraux montrent, de manière conventionnelle, les saints patrons ? saint Jean Baptiste et sainte Barbe ? avec leurs attributs, devant un paysage. Le revers de ces panneaux reprend des deux côtés une composition blanche avec un monogramme dans un cartouche. ».

Martin De Vos

Il est toujours délicat de savoir à qui attribuer une œuvre, ainsi que de connaître la version dont il s’agit; il est encore plus difficile de connaître la main exacte qui a donné vie à ce tableau.

«L’œuvre est attribuée à Maarten De Vos (1532-1603), un des peintres anversois les plus importants et productifs de la deuxième moitié du XVIe siècle. La composition et les personnages sont étroitement liés à son œuvre. L’italianisme doux et élégant inspiré par le Tintoret et Raphaël, ainsi qu’une élégance raffinée constituaient sa marque de fabrique. Son style était fort en vogue dans l’establishment de la contre-réforme à la fin du XVIe siècle. Le fait qu’il soit luthérien n’a en rien gêné sa carrière de peintre d’histoire religieuse.»

«Plutôt que de reconnaître la main du maître, on entrevoit celle de l’atelier. Tout au long de sa carrière, onze apprentis se sont succédé chez De Vos. Ses fils ont vraisemblablement appris la peinture avec lui. Vu le grand nombre de commandes, l’atelier réalisait une part importante de la production. La différence de «mains» est d’ailleurs souvent perceptible à l’œil nu. La Transfiguration de la chapelle du château de Celle, en Basse-Saxe (1569), reprend le même thème, de manière plus majestueuse. ».

Natasja Peeters apporte quelques précisions quant à l’auteur de l’œuvre.

«De Vos était un créateur d’estampes reconnu: des centaines ont été réalisées par les graveurs de son époque, et des dizaines ont inspiré de nombreux artistes. Le dessin raffiné de la Transfiguration, conservé à Bruges (collection Steinmetz), représente, avec beaucoup de détails, le même thème. Une source directe n’a cependant pas été trouvée pour la composition d’Ath.»

Un exemple à suivre pour les croyants

« Les monogrammes à l’arrière des panneaux renvoient vers les commanditaires non identifiés de l’œuvre. Parmi les clients de l’atelier de De Vos, on trouvait des patriciens comme des associations religieuses et des corporations. Après 1585, l’église catholique est sortie renforcée des conflits religieux. Une expression triomphante de la Foi se ressent dans l’iconographie de la décennie suivante. Vers 1600, le Christ reçoit à nouveau le rôle principal, les thèmes comme la transfiguration deviennent populaires.»

«Les saints patrons (représentés de préférence sur les volets) continuent à jouer un rôle important et sont, pour les croyants, un exemplum virtutis, un exemple à suivre», conclut Natasja Peeters.

 (Source: Journal l'Avenir)

 


 

Voir aussi:

« Le sens ne s’impose pas, il se cherche »

 

  • Créé par
    Diocèse de Tournai