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Pour une laïcité d’ouverture et de dialogue

A la rentrée de l’Institut de Théologie de Tournai, le professeur Montero a détaillé les confusions et les malentendus qui frappent les notions de religion et de laïcité.

DSC 0181Bien distinguer la laïcité politique de la laïcité philosophique et théologique. Et lever les malentendus à propos de l’espace public, de la neutralité et des questions éthiques. En bon pédagogue, Etienne Montero a clairement balisé la conférence qu’il a donné ce mercredi 28 octobre dans le grand auditoire du Séminaire de Tournai, à l’occasion de la fête du Séminaire et de l’Institut Supérieur de Théologie du Diocèse.
Professeur à la faculté de droit à l’Université de Namur et ancien doyen de cette faculté, Etienne Montero y enseigne notamment le droit des obligations. Il s’est aussi spécialisé dans le domaine des technologies de l’information et dans celui des questions bioéthiques. Mais sa conférence à Tournai sortait de ce cadre puisqu’il l’avait intitulée « Quelle place pour la religion dans l’espace public ? ».
Parler de religion, c’est aborder la laïcité. Or on confond souvent deux significations du terme, dit le professeur Montero.

Dans la laïcité politique, l’Etat ne professe aucune vérité, il s’engage à être neutre vis-à-vis des religions, il ne leur fait pas allégeance et n’intervient pas dans leur organisation. La sphère civile et politique est distincte de la sphère religieuse. Mais « distinction » n’est pas synonyme de « séparation ». La France est l’exemple type de la séparation de l’Eglise et de l’Etat (loi de 1905). L’Etat n’y subventionne d’ailleurs pas les cultes. Mais on dénote à travers le monde une grande diversité de situations dans ce domaine. La Belgique connaît ce que l’orateur qualifie de « séparation bienveillante » ou « coexistence reconnue ».

Dans la laïcité philosophique, qu’on appelle aussi idéologique, nous sommes dans un contexte de conviction. Cette laïcité n’est pas neutre, elle professe le libre examen. Le Centre d’action laïque refuse tout dogme et il mène un combat pour une société laïque, dans laquelle l’Etat doit abandonner tout soutien aux cultes. Or la laïcité, en Belgique, est reconnue depuis 2002, au même titre que les cultes. Il n’empêche : les laïcs intégristes, dit le professeur Montero, voient dans la religion un ennemi et veulent protéger le citoyen contre l’influence religieuse. Les tentants de cette laïcité radicale veulent une séparation stricte de l’Etat et des religions, la suppression des cours de religion dans l’école publique, la fusion des réseaux scolaires, l’éradication de tous les signes religieux… Ils veulent que la religion soit strictement cantonnée dans la sphère privée.

Mais c’est là qu’on rencontre des malentendus, dit l’orateur. Il en voit trois.

L’espace public : pour ce premier malentendu, le prof trace au tableau un schéma simple mais éclairant. On y voit qu’entre la sphère de l’Etat et la sphère privée, il y a l’espace public. Cet espace est vaste : la rue, les médias, la publicité, la culture… Et là on ne peut empêcher personne de s’exprimer. Non à un espace public aseptisé, dit le professeur Montero, qui plaide pour la coexistence pacifique.

La neutralité des services publics, voilà un deuxième malentendu. Les services publics doivent être neutres, certes, mais on ne peut gommer l’histoire d’une nation : l’Etat n’est pas croyant mais il ne peut être fermé à toute dimension religieuse.

Les questions éthiques sont un troisième malentendu épinglé par l’orateur. Pourquoi écarter les prises de positions des catholiques dans ces dossiers ? Le christianisme ne prétend pas tirer des règles politiques à partir des Ecritures, mais il revendique sa place dans les débats sur ces questions essentielles.
Et le professeur Montero de plaider pour une laïcité d’ouverture et de dialogue, sans exclusion.
H.W.