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Homélie du cardinal G. Danneels

 

Chaque église particulière a sa tradition propre, je dirais même son charisme. Toutes les églises particulières, par la variété de leurs dons, contribuent à la beauté de l’Eglise universelle. Car l’Eglise est belle comme le manteau bariolé de Joseph, qu’il reçut comme fils préféré de son père Jacob. Je ne me trompe certainement pas en vous disant, que l’Eglise de Tournai, depuis un demi-siècle et grâce aux pasteurs qui nous ont précédé – Mgr Himmer et Huard –, a eu plus que les autres le souci des pauvres et d’une Eglise entièrement pauvre. Dans l’Eglise de Tournai, ces paroles de saint Jacques ont résonné plus peut-être qu’ailleurs : « Mes frères, ne mêlez pas des cas de partialité à votre foi en notre glorieux Seigneur Jésus-Christ. En effet s’il entre dans votre assemblée un homme aux bagues d’or, magnifiquement vêtu, qu’il entre aussi un pauvre vêtu de haillons, si vous vous intéressez à l’homme qui porte des vêtements magnifiques et lui dites : ‘Toi assieds-toi à cette bonne place’ ; si au pauvre vous dites : ‘Toi tiens-toi debout ‘ ou ‘assieds-toi là au pied de mon escabeau. N’avez-vous pas fait en vous-mêmes une discrimination ? » (Jc 2,1-4). C’est le charisme de l’Eglise qui est à Tournai, de rappeler aux autres Eglises de notre pays et d’ailleurs, ‘l’éminente dignité du pauvre’. Le nouvel évêque entrera donc dans cette tradition diocésaine. Et puisqu’il a choisi lui-même que ce passage de la lettre de saint Jacques figure dans la liturgie de son ordination, je suis sûr qu’il continuera cette tradition de ses prédécesseurs, se souvenant pour son pastorat de la fin de cette lecture de saint Jacques : « Ecoutez frères bien-aimés ! N’est-ce pas Dieu qui a choisi ceux qui sont pauvres aux yeux du monde pour les rendre riches en foi et héritiers du Royaume qu’Il a promis à ceux qui l’aiment ? » (Jc 2,4-5).

L’Evêque n’est pas seulement un homme de la Parole ou de la charité, il est aussi un homme du don de soi, au point même de donner sa vie pour son troupeau. La grande prière sacerdotale que Jésus a prononcée sur Lui-même le soir du Jeudi saint, l’évêque peut et doit – toutes proportions gardées – la dire aussi sur lui-même. Toute sa vie ne sera donc qu’une seule et longue prière eucharistique prononcée sur lui-même. Sa prière sur le pain et le vin lors de la célébration eucharistique en sera le signe et l’icône sacramentelle. ‘Accomplissez dans la réalité de tous les jours ce que vous faites tous les jours sous le voile des signes’ dirait saint Léon le Grand.

L’évêque est invité à prendre sur ses lèvres ces paroles de Jésus : ‘Père, pour eux je me consacre moi-même, afin qu’ils soient eux aussi consacrés par la vérité » (Jn 17,19). Cette offrande de soi, signifiée tous les jours dans l’eucharistie et accomplie à chaque heure de la vie pastorale, n’a jamais été et ne sera pas exempte de souffrances. La vie de l’Eglise, la vie de chaque communauté chrétienne, celle de chaque chrétien et en particulier de chaque évêque, est marquée par la croix et la souffrance en attendant que cette croix devienne une croix glorieuse, comme celle que Jésus a emportée avec Lui dans le ciel. Mais ces souffrances pour le royaume que nous supportons tout au long de notre pèlerinage ici-bas, ne nous découragent pas si nous nous souvenons de ces paroles de saint Paul : « Je trouve maintenant ma joie dans les souffrances que j’endure pour vous et ce qui manque aux détresses du Christ, je l’achève dans ma chair en faveur de son corps qui est l’Eglise » (Col 1,24). Il est vrai que la vie d’un évêque – comme de tout chrétien – n’est pas une vie sans souffrances. Mais l’amour du Christ et son Eglise rend cette charge légère. Et à chaque heure nous ressentons aussi que l’Esprit Saint Consolateur n’est jamais loin des pasteurs de son Eglise.

Dans son discours après la Cène, Jésus mentionne avant tout une grande souffrance, un grand souci : ce sont les divisions et le manque d’unité parmi ses disciples. Il en fait même l’objet de la prière la plus intense et la plus angoissée de toute sa vie : « Père qu’ils soient un comme nous sommes un : moi en eux comme toi en moi, pour qu’ils parviennent à l’unité parfaite… » (Jn 17,22s.). De nos jours plus que jamais, c’est la prière quotidienne de tout pasteur et en particulier de l’évêque. La cause de l’Evangile, surtout à notre époque, est étroitement liée à l’unité des communautés chrétiennes entre elles, avec leur évêque et avec Pierre. Toute division sera une blessure dans le corps du Christ et qui met souvent longtemps à se cicatriser.

Frères et soeurs et en particulier vous les prêtres, diacres et animateurs pastoraux, soutenez votre évêque par vos prières et par votre collaboration généreuse dans le travail apostolique dans la vigne du Seigneur. Ce sera là une source inépuisable d’espérance et de joie pour votre centième berger, pour l’Eglise qui est à Tournai et pour toutes les autres églises-soeurs de notre pays.

Gofdried Danneels
Archevêque de Malines-Bruxelles

  • Créé par
    diocèse de Tournai